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La fantastique fortune de Barrick Gold 2


Le génie de Munk aura été de comprendre que la clé n'est pas de faire des trous dans la terre, mais de savoir utiliser les instruments financiers de Wall Street. Ça, Munk connaît. Il innove en apportant au secteur de l'or les contrats de couverture (hedging)."On a découvert qu'on pouvait vendre aujourd'hui l'or extrait dans cinq ans et donc se garantir contre une baisse éventuelle, raconte-t-il. Aucune autre matière première ne permet d'être "hedgé" à ce point." Dans les années 90, alors que le cours de l'or baisse régulièrement, Barrick, grâce à ses contrats de couverture, vend son or au-dessus du prix du marché. Ses concurrents sont eux aussi "hedgés", mais pas autant, et pas avec des instruments aussi sophistiqués."Du coup, j'ai pu acheter des mines les unes après les autres, sans risque."
Le hedging, c'est aussi la raison pour laquelle, du côté d'Elko, dans le Nevada, Barrick a si bonne réputation : quand, à la fin des années 90, le cours de l'or s'est effondré, toutes les mines ont licencié à tour de bras. Pas Barrick. Employé à la mine Goldstrike, à une heure d'Elko, Ray Burns se souvient de cette période avec gratitude. Comme il se souvient des débuts glorieux de Goldstrike, à la fin des années 80. Goldstrike a été achetée en 1986 par Barrick pour 62 millions de dollars (une somme que cette seule mine rapporte aujourd'hui à Barrick en deux semaines). La petite mine, en exploitation depuis vingt ans, avait alors des perspectives limitées.
Newmont Mining, le grand rival américain de Barrick, qui est pourtant déjà implanté à proximité, refuse d'acheter. Ses dirigeants vont s'en mordre les doigts pendant des années, car Goldstrike va s'avérer un excellent filon. Les géologues embauchés par Munk lui assurent que l'endroit est prometteur."Ils m'ont dit : il faut acheter, alors j'ai acheté. Qu'est-ce que j'en savais moi, hein ?" Gigantisme. Vingt-cinq ans après son rachat, Goldstrike est toujours la mine la plus productive de Barrick."Tous les ans, les experts disent que cette mine a dix ans de réserve", s'amuse Joe Giraudo, un des anciens, arrivé avant même que Barrick ne rachète.
C'est lui qui nous guide dans la mine, ou plutôt les trois mines qui composent Goldstrike : la mine à ciel ouvert et les deux souterraines. Ici, tout est gigantesque. Dans la partie à ciel ouvert, quatre énormes grues électriques (alimentées chacune par une ligne à haute tension) chargent le minerai dans 33 camions de 300 tonnes chacun."C'est là que vous voyez qu'exploiter l'or, ce n'est pas seulement attendre que les cours montent. Tout ça coûte beaucoup d'argent", dit Randy Buffington, le directeur de la mine. Coût d'une des grues : de 30 à 40 millions de dollars ; 9 millions de dollars pour un des camions."Remplacer un seul pneu sur un de ces camions coûte 8 000 dollars !" Même gigantisme sous la terre, où la mine descend jusqu'à plus de 500 mètres. En tout, 43 kilomètres de galeries où on ne cesse de croiser des camions. Le gigantisme, ou en tout cas la taille, c'est aussi le secret du succès de Barrick. Aaron Regent, le jeune PDG (45 ans), en est convaincu : "Dans un business où vous ne contrôlez pas les prix de vos produits, il vous faut des reins solides." Le bilan de Barrick lui permet d'investir dans des projets gigantesques.
Dans quelques mois, la mine de Pueblo Viejo, en République dominicaine, doit entrer en production. Un projet de 3 milliards de dollars. Suivra la mine de Pascua Lama, à 4 500 mètres d'altitude, sur la frontière entre l'Argentine et le Chili."Sans notre taille, nous ne pourrions jamais développer des projets comme ceux-là, dit Aaron Regent.Nous travaillons sur Pascua Lama depuis 1994 !" Arrivé à la tête de l'entreprise en 2009, venu de la finance, Aaron Regent a d'abord achevé le démontage des contrats de couverture qui devenaient très encombrants (ils empêchaient Barrick de profiter à plein de la hausse de l'or - c'est le revers de la médaille du hedging).
Du coup, la compagnie profite désormais à plein des prix record (1 milliard de dollars de bénéfice au premier trimestre 2011). Et, jour après jour, face aux investisseurs qui s'inquiètent de l'avenir du cours de l'or, il utilise l'argument : "Le fait que nous ne soyons plus du tout couverts montre à quel point nous avons confiance." Pour Regent, il n'y a pas de bulle spéculative autour de l'or."Si vous comptez en dollars d'aujourd'hui, l'or était à 2 300 dollars en 1980. On en est encore loin ; depuis dix ans, l'appréciation de l'or s'est faite de manière ordonnée." Preuve que Barrick a confiance en l'avenir, il annonce, fin avril, l'achat pour 7 milliards de dollars d'Equinoxe, ce qui lui permettra de doubler sa production de cuivre.
Peter Munk a évidemment suivi les négociations de ce nouveau deal. Mais d'un oeil seulement : l'autre est sur sa dernière aventure en date. Ce fan de navigation a mis 400 millions de dollars sur la table, convaincu son ami le Russe Oleg Deripaska de se joindre à l'affaire (Bernard Arnault et Nathaniel Rothschild sont aussi de la partie) pour construire au Monténégro le plus grand port du monde pour méga-yachts. Il confie que construire ce Monte-Carlo de l'Adriatique l'amuse comme un fou."Franchement, c'est plus amusant que l'or. Et, dans dix ou quinze ans, si je ne me suis pas trompé, c'est de Porto Monténégro que mes enfants seront le plus fiers." En attendant, l'or est là. Mais il va bien finir par baisser, non ?
"Oui, si vous croyez à l'utopie, si vous croyez que l'Europe va mettre de l'ordre dans ses affaires, si vous croyez que les Etats-Unis vont équilibrer leur budget, que le Moyen-Orient va subitement retrouver le calme... Alors, peut-être, oui, l'or va baisser."
En attendant...

Repères Barrick Gold 2010 Chiffre d'affaires : 10,9 milliards de dollars. Bénéfice net : 3,2 milliards de dollars. Production : 7 765 000 onces d'or. Réserves : 140 millions d'onces. Ressources : 65 % dans des pays à faibles risques (Etats-Unis, Chili, Australie, Canada). Sous-produits de l'or : argent et cuivre, deux métaux aussi très recherchés. Capitalisation : 50 milliards contre 32 à Goldcorp, 30 à Newmont Mining, 20 à Kinross...

La barre des 1 500 $ l'once Menaces d'inflation, baisse du dollar, bas taux d'intérêt, persistance des déficits publics, incertitudes dans les pays arabes... Tout se conjugue pour accroître l'instabilité du système financier mondial. Ce qui profite à l'or, dont le prix n'a jamais été aussi élevé depuis trente et un ans. Les craintes sont telles que, pour la première fois depuis 1988, l'ensemble des banques centrales (celle de Chine et des pays émergents en tête) ont été acheteuses nettes l'an dernier.
Depuis, les doutes de Standard - Poor's sur le dollar n'ont rien arrangé. L'or, un métal d'avenir En dehors de son rôle comme refuge et ornement (l'Inde et la Chine sont les plus accros aux bijoux dorés), l'or est indispensable dans nombre d'industries : électronique, téléphones mobiles, dentisterie, médecine, fabrication d'instruments chirurgicaux, aéronautique, verrerie...

La Chine au top La Chine, premier producteur (340 tonnes), devance les Etats-Unis et l'Australie (215 tonnes chacun). Mais surtout, l'Afrique du Sud (210 tonnes), qui a perdu son leadership historique en 2007. Derrière le quarté de tête, on trouve la Russie et le Pérou (180 tonnes chacun), le Canada (95 tonnes)... L'argent aussi L'or du pauvre flambe. L'argent a crevé le 29 avril son record de 1980 (48,37 dollars l'once). Si la fièvre s'est quelque peu calmée avec l'adoption de nouvelles règles sur les marchés à terme (appels de marge rehaussés), les cours suivent à distance ceux de l'or. D'autant que la production mondiale augmente peu (2,5 % en 2010). Le Mexique a ravi la première place au Pérou, qui devance la Chine.